Prologue

Prologue
Toutes les rencontres se font par hasard.
_ Jean-Louis Bory _
__________________________________________________________________________




C'est vrai, j'ai toujours eu une vie facile. C'est vrai, j'avais de quoi être heureuse. C'est vrai, j'ai une famille et des amis formidables. Tout ça, c'est vrai et pourtant, en haut de ce pont, je ne peux m'empêcher de trouver le sol plus attirant que jamais. C'est vrai, je n'ai pas de raison de partir. Alors, encore en haut de ce pont, je me demande une nouvelle fois pourquoi. Peut-être pour rejoindre ceux qui m'ont quitté auparavant. Mais je me suis toujours dis qu'un jour ou l'autre, je les retrouverais, donc que je pouvais attendre encore plusieurs dizaines d'années. J'ai toujours été optimiste. J'ai toujours été pleine de vie. Rien ne me poussait à mettre fin à mes jours. Alors pourquoi sauter ? Peut-être pour voir qui me rattrapera ?



J'ai toujours cru à la destiné. Si c'est mon tour, personne ne me sauvera. Et si ce n'est pas le cas, une main se tendra. Alors pourquoi ne pas tenter ? Je n'ai rien à perdre ! Si. Ma vie. Cette petite voix qui me dit de ne pas commettre cet acte. Certains diront que c'est un acte stupide. D'autres que j'avais sûrement mes raisons. Certains encore, n'y penseront même pas et seront seulement triste de mon départ. D'autres ne s'en apercevront pas.



J'observe le fleuve qui passe sous moi. Les étoiles se reflètent sur son calme inquiétant. Je sais que si je tombe dedans, le courant m'emportera et je ne ressentirai sans doute plus jamais l'air pur et frais. Le pont est désert. Pas un bruit, mis-à-part celui du vent tapant contre mes oreilles.



Je m'assois sur la rambarde pour réfléchir. Qu'est-ce qui me manquera ? Mes amis. Ma famille. Mon chien. Oui mais, de ce monde, qu'est-ce qui me manquera ? Le calme de la nuit. Les heures passées dans ma chambre, dans le noir, à écouter de la musique et à rêver. Les fou-rires entre amis. Les pyjama-parties. Les centaines de fêtes organisées pour un rien. Mais pourquoi veux-je partir ? Parce que je n'aime pas voir le monde se dégénérer. Les fous sont de plus en plus présents. Rien qu'assise sur ce pont, il est possible qu'un violeur, au coin de la rue, m'ait vue et m'ait choisie comme victime.



On joue à pile ou face ? Pile, je saute. Face, je reste. Mince, je n'ai pas de pièce. Bon... à la bonne vieille méthode.



Plouf, plouf, au bout de trois, ce sera toi ! Un... Deux... Trois !





# Online seit Sonntag, 11. Oktober, 2009 um 11:27

Plouf, plouf, au bout de trois, ce sera toi ! Un... Deux... Trois !____________________________________________________________________________

Plouf, plouf, au bout de trois, ce sera toi ! Un… Deux… Trois !____________________________________________________________________________

Je me relève. Le hasard a choisi. Le hasard prédestiné. Il est peut-être mon heure en fin de compte. J'observe une dernière fois le monde qui m'entoure et fais silencieusement mes adieux. Ou pas. Je ne peux jamais être sûr que, peut-être, quelqu'un viendra me sauver. Mais cette probabilité est tellement faible que je rirai presque d'avoir émis cette hypothèse. Je pose un pied tout près du bord. Le deuxième le rejoint rapidement. Je ferme les yeux, et doucement, tout doucement, je fais basculer mon corps en avant. Oui, j'ai fait ce choix, je l'affronte de face. Ça y est, mes pieds n'ont plus de prise. Je vole. Je suis légère. Un choix, c'est un choix. Je résoudrais la plus grande de toutes mes questions. La vie se finit-elle ainsi ?



Nous aurons le destin que nous aurons mérité.
_ Albert Einstein_
_______________________________________________________________________________



Mais une pression se fait autour de mon poignée. J'ouvre brusquement les yeux. Une main. Je lève la tête. Une forme. Elle se distingue pour laisser place à un individu que je ne peux pas bien voir à cause du noir. Je commence à rigoler, pendue à ce pont, retenue par un inconnu qui pourrait être le violeur qui m'a prise pour cible. Il me tend un deuxième bras que j'attrape. Et, à l'aide de ses muscles, il me soulève. Lorsque mes pieds retouchent terre, j'explose littéralement de rire. Je me tiens les côtes et la respiration me manque. Sur cette faible probabilité qu'une personne vienne m'aider, j'ai coché la bonne case ! Mon heure n'était pas arrivée, je peux vivre encore dix ans de plus.

L'inconnu me regarde perplexe. Mon rire perce le silence. Mais j'arrive à me calmer.


- Je crois que je dois vous remercier, dis-je avec le sourire.

- Puis-je vous demander pourquoi avez-vous voulu vous suicider ?

- Me suicider ? m'étrangle-je. Jamais de la vie ! J'ai juste voulu tester le destin.


Je crois l'avoir vu esquisser un sourire. Ai-je dis quelque chose de mal ? Non. Seulement la vérité.


- Je suis plus remué que vous sur ce qui vient de se passer on dirait, remarque-t-il.

- On dirait bien, confirme-je. Puis-je vous payer à boire pour vous remercier de m'avoir rattrapée ?


Il hocha la tête. Je ne sais pas vraiment pourquoi j'ai demandé ça. Si le destin a fait qu'il m'a sauvé, c'est qu'il voulait que je le rencontre. Non ? Je dois être insouciante. Oui, c'est ça. Nous marchons jusqu'au premier bar ouvert. Un bar que je connais bien, soit dit-en passant. Nous passons la porte d'entrée et peux enfin voir mon inconnu. Il porte un chapeau beige qu'il a posé sur ses cheveux bruns, et bouclés je crois. Il a des tout petits yeux, mais un nez généreux. Il a les traits fins. Je trouve qu'il a beaucoup de charme et de classe. Nous nous asseyons à une table tandis qu'un serveur vient déjà prendre notre commande. Mon inconnu demande un café, pendant que je prends un chocolat chaud.


- Vous n'arriverez pas à dormir si vous prenez un café, entame-je la conversation.

- Je crois que même sans café, après ce qu'il vient de se passer, je n'arriverai pas à dormir, s'exclame-t-il.

- Je m'excuse de vous faire passer une nuit blanche alors.

- Vous pourrez dormir, vous ? Sourit-il.

- Tout dépend l'heure à laquelle je rentre.


A vrai dire, je savais que je dormirai quelque soit l'heure. Rien ne m'empêchera de rater ma nuit. Même pas un test du destin. Ou comme d'autre l'appelle « une tentative de suicide ».


- Que faisiez-vous dehors, à cette heure-ci ? Demande-je.

- Je crois que c'est la première fois que je m'aimerais presque pour avoir fait ma balade nocturne habituelle. Voyez, je voyage beaucoup à cause de mon travail et la nuit est le seul moment où je peux me sentir vraiment tranquille.


Je me fis souvent à mes impressions. Et rien que par cette phrase, j'ai l'impression d'être tombé sur quelqu'un de bien. Bien que je ne connaisse ni son nom, ni son âge, ni son métier, ni... En fait, je ne connais rien de lui.


- Puis-je vous demander votre prénom ? Me devance-t-il.

- Suzanne. Mais appelez-moi Suzie. Et vous êtes ?

- Nicholas. Mais appelez-moi Nick, rit-il.

- Enchantée.


Je dois avouer que notre conversation n'était pas très intéressante. Mais que dire ? Lorsque le serveur m'apporte mon chocolat, je m'empresse d'en prendre un gorgée, me brûlant la langue. Je dois aussi avouer qu'il fait énormément froid. En même temps, il ne faut pas en attendre plus d'une nuit de mois d'octobre. J'essaie de ne pas frissonner. Sans grand succès, puisque, lorsque je lève ma main pour attraper ma tasse, celle-ci effectue des tremblements très étrange en plus de sa couleur bleuâtre. Mais je n'y prête aucune attention. Nicholas enlève son chapeau et laisse apparaître ses cheveux bouclés à la perfection. Des boucles tellement bien formées qu'avec mes cheveux tout raplaplas, je me sens presque ridicule.


- J'ai quelque chose dans les cheveux ? Demande-t-il en me dévisageant étrangement.

- Non, non, réponds-je gênée, en secouant la tête pour reprendre mes esprits.


Je colle mes mains contre ma tasse pour essayer de les réchauffer. Le bar se vide de plus en plus. Et mes paupières se font de plus en plus lourdes. Je me lève en m'excusant auprès de Nicholas et vais payer l'addition, c'est mon devoir... Puisque je l'ai invité.


- Vous n'étiez pas obligé, dit Nicholas en me rejoignant.

- Si. Après tout, vous m'avez sauvé.

- Non. Je n'ai été qu'une antisèche pour votre teste.


Je souris. Je le dévisageai. Sa peau a l'air soyeuse. Comme du satin. Mais ma tête devient vraiment lourde et je prends la décision de rentrer chez moi. Après tout, si le destin voulait que je rencontre Nicholas, enfin Nick, il le remettra sans doute sur mon chemin. Si ce n'est pas le cas, pas besoin que je m'attarde.





Lorsque deux personnes sont prédestinées à se rencontrer,
Le destin s'arrange toujours pour les mettre sur le même chemin.
_ Inconnu _
__________________________________________________________________________________________






# Online seit Montag, 12. Oktober, 2009 um 12:44

Geändert am Dienstag, 13. Oktober, 2009 um 09:12

_ chapitre 2 _

_ chapitre 2 _
Je regarde ma montre. 1h24.


- Il se fait tard, entame-je. Ma famille va s'inquiéter, je dois rentrer.

- Je vous raccompagne ?

- Si vous le voulez.


Sans un mot, il prit la porte de sortie et m'attendit dehors. A peine le nez mit à l'extérieur, je tremble de tout mon corps. Cette fois-ci, Nicholas semble le remarquer. Il sourit doucement avant de détacher son écharpe de son cou et de l'enrouler autour du mien. Je réponds à son sourire pour le remercier, mais complètement frigorifiée, aucun son ne sort de ma voix. Alors le trajet se passe dans un silence religieux. De temps à autre, mon regard dérivait pour observer le jeune homme. Il est vraiment grand. Ou peut-être est-ce moi qui suis petite ? Je me concentre sur la route pour éviter de me prendre dans un caillou et tomber. Arrivés devant le seuil de ma maison, je me mets face à lui.


- Merci pour tout, murmure-je.


Il ne répond pas. Il esquisse un petit sourire, hoche la tête et commence à se retourner.


- Nico...Nick, le rappelle-je, en enlevant son écharpe. Tenez !


Il observe un instant son écharpe, réfléchissant intensément. Puis au bout de quelques secondes, il me répond avec un petit sourire timide :


- Gardez-la. Ainsi, nous saurons que le destin a prévu que nous nous revoyons.


Je ne trouvais rien à répliquer à cela. L'entendre dire ça me procure beaucoup de plaisir. C'est comme s'il me prouvait qu'il ne m'avait pas trouvé stupide, qu'il me comprenait. Je sers son écharpe contre ma poitrine pendant que je regarde sa silhouette s'en aller au coin de la rue. J'entre, les lumières sont éteintes. Tout le monde doit dormir. Mes pensées sont étrangement légères. J'ai l'impression de flotter sur un nuage. Peut-être la fatigue. Peut-être est-ce cette rencontre.




Il n'y a pas de plaisir comparable à celui de rencontrer un vieil ami,
excepté peut-être celui d'en faire un nouveau.
_ Rudyard Kipling_
_____________________________________________________________________________________________




Etrangement, cette nuit là, je rêve de Nicholas. Peut-être est-ce parce que j'avais gardé son écharpe autour de mon cou en m'endormant ? Je ne sais pas s'il se met du parfum, mais elle sent très bon.
Au souvenir de la veille, je me lève difficilement mais avec un sourire que je ne quitte pas de la journée. J'étais prise d'une sorte d'impatience. Envie d'être le soir. Envie de le revoir. Pourquoi ? Je ne sais pas. Il avait l'air tellement... tellement naturel que j'ai envie d'en découvrir plus sur lui. Et pendant que je travaillais, mon esprit s'échappait. S'imaginant toutes sortes de choses sur Nicholas. Il a dit qu'il voyageait beaucoup. Quel travail fait-il ? Je ne sais même pas l'âge qu'il a. Je lui demanderai quand je le reverrais. Si je le revois.


- Tu as bien l'air pensive aujourd'hui Suzie ! Remarque ma collègue Emilie. Aurais-tu enfin trouvé quelqu'un a qui penser ?

- Millie... Et bien oui ! Incroyable mais vrai.


Nous rigolons. Millie est une amie qui date du collège. De la 3° pour être exacte. Cela fait trois ans que je la connais. Nous travaillons ensemble au bar car nous en avions toutes les deux marre des études donc nous les avons arrêtés. Elle sait aussi que je n'ai jamais eu de petit ami, jamais eu quelqu'un a qui penser autre que ma famille.


- Alors qui est cet heureux élu ? Demande Millie les yeux remplis d'intérêt.

- Je ne sais pas. Enfin si. Il s'appelle Nicholas. Mais je ne connais rien de lui.

- Comment vous vous êtes rencontrés ?

- Tu vas encore crier si je te le dis.


Elle connaissait mon goût pour tester le destin. Elle trouvait ça totalement stupide d'ailleurs. Et ce sujet est assez délicat.


- Ne me dis pas que tu as recommencé !

- D'accord, je ne te le dis pas.

- Suzie !


La conversation se termine ainsi. Elle n'était pas réellement en colère contre moi. Elle s'inquiète seulement. Ce que je comprends tout à faire. Mais ce n'est pas ça qui me fera changé. Chacun à ses croyances, non ? Et on ne vient pas vous emmerder quand vous croyez en Dieu !




Nous recevons tous au berceau les croyances de notre tribu en tatouage ;
la marque peut sembler superficielle, elle est indélébile.
_Oliver Wendell Holmes_
______________________________________________________________________________________________




La journée se passa très vite. Arrivée chez moi, ma petite s½ur me saute dessus.


- Suzie ! Maman est trèèèèès en colère que tu sois rentrée tard hier.


Je m'en doutais un peu. Tant qu'elle me laisse y retourner ce soir, tout va bien. Je colle un bisou sur la joue de ma petite s½ur et pars dans la cuisine manger un casse-croûte. Ma petite s½ur à sept ans. Oui, dix ans nous séparent. Nous sommes une famille nombreuse. Mes parents n'ont pas su se retenir. Parfois, je leur en veux beaucoup de m'avoir donné autant de frères et s½urs. Et parfois, ça fait tellement du bien de se sentir aussi entouré. Combien de frères et s½urs ai-je ? Et bien... Guillaume, Clément, Mark, Léa, Axelle et Marie. Marie est la petite dernière. Elle a trois ans. Axelle, sept ans, Léa quatorze. Voilà pour les petites s½urs. Clément a un an de plus que moi, soit dix-huit ans. Guillaume et Mark ont 22 et 25 ans. Mais voilà bien longtemps qu'ils ont quitté la maison. Mark a quitté la maison dès sa majorité, pour aller dans une bien lointaine université. Guillaume a quitté la maison lorsque j'avais neuf ans, lorsqu'il en avait quatorze. Mais ça, c'est une autre histoire.




J'aime ma famille mais je donnerais mes six enfants
pour qu'on me débarrasse de ma femme..
_Henry Koster_
__________________________________________________________________________________



# Online seit Dienstag, 13. Oktober, 2009 um 09:53

Geändert am Dienstag, 20. Oktober, 2009 um 13:47

_chapitre 3_

_chapitre 3_
- Suzie !


Ah. Voilà ma mère. Elle a l'air très fatiguée. Peut-être n'a-t-elle pas beaucoup dormi dû à l'inquiétude qu'elle me portait. Elle semble aussi très énervée comme me l'a si bien dit Axelle.


- Où étais-tu hier soir ? Crie-t-elle. Bon sang, tu ne sais pas à quel point j'ai eu peur ! Et si tu t'étais fait violée ? Tu ne t'es pas fait violée au moins ? Pourquoi tu n'as pas pris ton téléphone !

- Maman calme-toi ! Il m'ait rien arrivé. Ça fait plusieurs années que je fais ma tournée nocturne et je croise jamais des personnes malveillantes, ok ?

- Alors pourquoi t'es rentrée si tard ? Une heure et demie du matin, tu te rends compte ?!

- J'ai rencontré... un... un ami et on... on a parlé. On n'a pas vu le temps passer, me défends-je.

- Un... ami...qui se promène à une heure du matin ?

- Et alors ? Je me promenais bien à une heure du matin aussi.


Elle pose une de ses mains sur son front et secoue légèrement sa tête de gauche à droite.


- Suzie... je sais que je ne pourrais pas t'empêcher de sortir alors s'il te plaît, prends au moins ton téléphone avec toi.


Les téléphones portables, j'ai horreur de ça. Certes, parfois c'est utile. Mais c'est trop devenu un objet de mode. Ce n'est plus un téléphone, ça va bientôt faire machine à laver si les fabricants continuent comme ça. Du coup, j'oublie toujours de le prendre avec moi. J'hoche la tête en réponse à ma mère. Et la soirée passe. Vite. Mais pas assez à mon goût. Alors, vers 22h, lorsque mes s½urs sont couchées, je me glisse derrière ma mère, assise devant la télé devant une émission qu'elle ne regarde qu'à moitié et lui colle un bisou sur la joue.


- J'y vais. J'essaie de revenir plus tôt.

- Tu as pris ton téléphone ?

- Oui maman.


Et je sors. Son écharpe enroulée autour de mon cou. J'inspire un bon coup avant de me diriger vers le pont. Non, ce soir je ne ferais pas de test du destin. Je veux juste aller à notre point de rencontre. En espérant qu'il soit là. Pourquoi je veux le voir ? J'ai envie de le connaître. Pourquoi ? Il m'intrigue. J'aime connaître de nouvelle personnalité. De nouvelles pensées. De nouvelles opinions. De nouvelles idées. Je trouve ça passionnant.



Chaque homme est une histoire qui n'est identique à aucune autre
Alexis Carrel
______________________________________________________________________________________



Je marche quelques minutes et arrive enfin sur le pont. Personne. Je regarde l'eau, agitée par le vent qui souffle étrangement fort. Que dis-je ? Nous sommes en octobre, et dans cette région campagnarde, c'est totalement normal. Je m'assois sur la rambarde comme la veille et observe l'avenue. Des fois qu'il soit plongé dans l'obscurité, qu'il ne m'ait pas reconnu. Mais personne n'est là. Je suis un peu déçue. Et si lui ne voulait pas me revoir ? Non, il ne m'aurait pas donné son écharpe. Et s'il avait fait ça juste par gentillesse ? Ça se trouve, il se fiche totalement de moi. Je chasse cette idée de ma tête. Après tout, je ne le connais pas. Je ne sais pas de quoi il est capable. Il est possible que ce soit une personne totalement diabolique. Je marche un peu mais cette déception ne me quitte pas. Le vent souffle. Mes cheveux le suivent. J'ai froid. Je ressers son écharpe sur mon cou. Les larmes me montent. Je pense que c'est à cause du vent. C'est ça. J'arrive même à me mentir. Oui, je suis triste qu'il ne soit pas là. Mais je ne vais pas en mourir. Il avait sûrement d'autre chose à faire. Je reste quand même une dizaine de minutes de plus si jamais il arrivait. Mais non. Je vais donc au bar où nous nous étions posés la veille et commande mon éternel chocolat chaud.


- Alors, pas accompagnée ce soir ? Demande Jean, le serveur.

- Si, si. Je te présente Jean-Claude, le fantôme de ma cave, ris-je devant une question si stupide.

- Hé bien, enchanté. Je t'appellerai J-C, d'accord ? Fait-il en regardant la chaise en face de moi.


J'explose de rire et oublis instantanément ma déception. Jean c'est toujours remonté le moral. Il repart pour me préparer ma commande. Je fais le tour de la pièce avec mon regard. La lumière est un peu orangé ce qui donne une allure beaucoup plus festive au bar en manque de clients. J'observe un couple, accoudé au bar. Ils ont l'air heureux. La femme a l'air d'attendre un nouveau client. Qui sera-t-il ? Un homme, une femme, un tyran, un dictateur, un président, un marchand... tellement de possibilité pour un si petit être qui n'attends que de voir son futur. Jean revient et s'installe devant moi.


- Alors, comment va la famille ?

- Ben... toujours pareil. Marie va faire sa rentrée après les vacances d'halloween.

- Elle n'était pas censée prendre en septembre ?

- Si, mais ma mère ne voulait pas la lâcher.


Il rit faiblement. J'observe une nouvelle fois la pièce. Des poutres soutiennent le plafond. Elles sont assez basses. J'ai de la chance d'être assez petite avec mes 1m60 !


- Qui était cet homme avec qui tu étais hier ?

- Oh... je l'ai rencontré hier. Je lui ai proposé de boire quelque chose.

- Comme ça ?

- Ben... ouais.


Je n'allais pas lui dire que c'était en sautant d'un pont qu'il m'a retenu et pour le remercier, je l'ai invité. C'était un peu trop personnel. Certes, je connais depuis longtemps Jean. Et il connait mes croyances envers le destin. Mais ce n'est jamais vraiment aller plus loin. Je bois d'une traite ma boisson, me réchauffant au passage.


- Je vais y aller, il se fait tard. Combien je te dois ?

- Cadeau. Rentre vite !

- Tu es sûr ?

- Mais bien sûr ! Une fidèle cliente comme toi en a bien le droit !


Je fis un immense sourire à jean et lui colla un petit bisou sur la joue. Je repars en courant, pressée d'arriver chez moi et d'être demain soir. En espérant qu'il soit là.



Tous les espoirs sont permis à l'homme, même celui de disparaître.
Jean Rostand
_______________________________________________________________________________________





# Online seit Sonntag, 18. Oktober, 2009 um 08:30

Geändert am Dienstag, 27. Oktober, 2009 um 05:55

_chapitre 4_

_chapitre 4_

Si la destinée ne nous aide pas, nous l'aiderons nous même à se réaliser.
_ Chosroês Ier_ ______________________________________________________________________________________________





Et le lendemain soir, il n'y était pas non plus. Le surlendemain, pas plus. Au fur et à mesure où les jours avançaient, je désespérais un peu plus. Le destin se joue bien de moi !

Jean m'accueille tous les soirs dans son bar, comblant un peu le vide qui se forme en moi. Parfois, il m'arrive de me dire qu'il ne faut pas que je le revois. Que si je le revois, après ce sera encore pire. L'oublier serait la meilleure solution. Reprendre le cours normal des choses. Mais je ne peux pas. C'est contre toutes mes croyances. Il ne m'avait pas sauvée pour rien. Je ne pouvais pas croire ça.
Alors, tous les soirs, je me rends en haut de ce pont. Un soir, deux soirs, une semaine...



Je suis totalement épuisée. Je ne dors plus beaucoup. Je passe mes soirées à scruter l'obscurité, ayant toujours espoir de croiser sa silhouette. Millie voulait que je prenne quelques journées de repos. Elle me dit que j'ai une tête de zombie. Qu'on ne verra bientôt plus mon visage tellement mes cernes le recouvre. J'essuie doucement une table d'extérieur tout en observant les environs. Je crois le voir de partout. Je deviens folle. Je secoue la tête pour me remettre à travailler.


- Tu fais quoi demain ? Me fait sursauter Millie.

- Demain ? Ben... je viens bosser.

- Tu n'es pas croyable toi ! Demain c'est dimanche, tu ne travailles pas ! Et même moi, je sais qu'après tu as une semaine de vacances !

- Excuses moi Millie... J'ai vraiment la tête ailleurs, et je ne vois pas le temps défiler.


Un silence se fait. Elle me regarde d'une façon de dire « qu'est-ce que tu vas devenir ». Elle souffle un peu avant d'ajouter :


- Toujours aucune nouvelle alors ?


Je secoue négativement la tête. Je lui ai tout raconté. Sur Nicholas. Rien que prononcer son nom dans ma tête, je suis prise d'un léger frisson et lutte pour ne pas me laisser envahir par les émotions.


- Tu as vu dans quel état ce gars te met ! Je ne t'ai jamais vu comme ça auparavant.

- C'est la première fois que ça m'arrive. Je ne me comprends plus. Normalement, je ne cherche pas à influencer le destin. Mais là... J'en ai comme besoin.

- Tu n'as pas cherché à aller plus loin que sur le pont ?


Une nouvelle fois, je dirige ma tête de gauche à droite et observe mes chaussures.


- Ecoute, reprends Millie d'un ton maternel. Demain, tu viens avec moi et on fait le tour du village. Si on n'a aucune trace de lui, tu arrêtes d'y aller tous les soirs et tu te reposes. D'accord ?

- Je n'pourrais pas.

- Je n'ai pas dis que tu arrêtais d'y aller, pour toujours ! Je sais bien que ça te ferait plus de mal que de bien. Mais seulement, quelques fois par semaine.


Je sais qu'elle dit ça pour mon bien. Et le fait qu'elle veuille m'aider me réchauffe le c½ur. J'hoche doucement la tête et essaie de lui adresser un petit sourire. Elle me sert maladroitement dans ses bras et retourne travailler.




Ce n'est pas tant l'aide de nos amis qui nous aide que notre confiance
dans cette aide.
_ Epicure_
_____________________________________________________________________________________________




Le lendemain, comme prévu, Millie passa chez moi. Elle arriva avec un petit sourire qui s'agrandit en voyant le mien. C'est parti pour une journée de recherche. Durant toute cette journée, j'avais l'impression de chercher un chien perdu. On faisait tous les recoins. On a pris des rues que je n'avais jamais vues auparavant. On est même montée en haut d'un toit pour visualiser les parties du village que nous n'avions pas furetées. Rien. Toujours rien. Aucune trace. Nada. J'étais totalement démoralisée.

Nous nous asseyons sur un banc, prenant une petite pause. Nous venions de passer un peu plus de trois heures à faire les quatre recoins du village. Malheureusement, je ne connaissais pas son nom de famille. Je ne pouvais pas regarder les boîtes aux lettres. Il fallait juste espérer tomber sur lui. L'apercevoir par une fenêtre. Ou voir quelqu'un qui lui ressemble particulièrement pour reconnaître un membre de sa famille. Mais rien. Espérer, c'est le meilleur moyen pour que l'inverse de ce qu'on a souhaité arrive. Mais j'avais espéré tellement fort cette fois-ci que j'avais cru que, pour une fois, ça allait fonctionner. Le destin nous joue bien des tours.


- Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? Demande Millie, fatiguée.

- C'est toi qui a les bonnes idées, d'habitude.

- Oui mais là, je suis à court. Le destin, lui, il en pense quoi ?

- « continuez votre route, je tâcherai de faire mon possible »... Je suis désespérée Millie...

- Tu vas le revoir ton Nicholas, me réconforte-t-elle en posant sa main sur mon épaule. C'est toi qui disais « Il faut juste y croire » !


Je saute sur mes pieds et commence à marcher. Je fais des allers-retours pour me faire réfléchir. Si le destin voulait que je le rencontre, si je mets une nouvelle fois ma vie en péril, peut-être reviendra-t-il ? Bon, j'ai envie de le revoir mais si je crève, ça n'va pas beaucoup avancer les choses. En plus, Millie n'accepterait jamais.


- Laisse tomber, Millie, entame-je perdue. Je viendrais quelques soirs par semaine, espérant le croiser dans pas longtemps. Sinon, je crois que je vais devenir folle !

- C'est la meilleure solution, confirme ma meilleure amie en se levant à son tour. Il se fait tard, je vais rentrer et tu devrais faire de même.

- Non. Je veux dire, j'y retourne ce soir et demain je n'irais pas, explique-je même si mes mots me fendent le c½ur.

- Tu veux que je reste ?

- Non, non... Ce n'est pas tes affaires, tu as des choses plus importantes à faire.

- Aider ma meilleure amie est une chose très importante.

- Millie...

- J'ai compris. Je te téléphone demain ?


J'hoche la tête et lui sourit. Elle m'adresse un signe de main en guise d'au revoir et s'éloigne doucement. Une fois que sa silhouette disparaît au coin de la rue, j'avance doucement en direction de notre pont, rêvant de voir sa silhouette. S'il est là, je ne sais pas comment je réagirais. Devais-je lui sauter dans les bras, lui adresser un froid bonjour, lui serrer chaleureusement la main ? Devais-je lui confier mes venues sur ce lieu tous les jours afin de le revoir ? Je n'en savais rien. J'improviserais.
Fallait-il encore qu'il soit là...





Que fait-on dans la rue, le plus souvent ? On rêve. C'est un de lieux les plus méditatifs de notre époque, c'est notre sanctuaire moderne, la Rue.
_ Louis-Ferdinand Céline_
________________________________________________________________________________________________









Merci à Fell-in-love-38 de m'avoir mis mon 100ème commentaire =) Bon, en même temps, c'est elle qui les met tous xD mais merci quand même.




# Online seit Sonntag, 25. Oktober, 2009 um 14:57

Geändert am Dienstag, 03. November, 2009 um 08:27