Si la destinée ne nous aide pas, nous l'aiderons nous même à se réaliser.
_ Chosroês Ier_ ______________________________________________________________________________________________
Et le lendemain soir, il n'y était pas non plus. Le surlendemain, pas plus. Au fur et à mesure où les jours avançaient, je désespérais un peu plus. Le destin se joue bien de moi !
Jean m'accueille tous les soirs dans son bar, comblant un peu le vide qui se forme en moi. Parfois, il m'arrive de me dire qu'il ne faut pas que je le revois. Que si je le revois, après ce sera encore pire. L'oublier serait la meilleure solution. Reprendre le cours normal des choses. Mais je ne peux pas. C'est contre toutes mes croyances. Il ne m'avait pas sauvée pour rien. Je ne pouvais pas croire ça.
Alors, tous les soirs, je me rends en haut de ce pont. Un soir, deux soirs, une semaine...
Je suis totalement épuisée. Je ne dors plus beaucoup. Je passe mes soirées à scruter l'obscurité, ayant toujours espoir de croiser sa silhouette. Millie voulait que je prenne quelques journées de repos. Elle me dit que j'ai une tête de zombie. Qu'on ne verra bientôt plus mon visage tellement mes cernes le recouvre. J'essuie doucement une table d'extérieur tout en observant les environs. Je crois le voir de partout. Je deviens folle. Je secoue la tête pour me remettre à travailler.
- Tu fais quoi demain ? Me fait sursauter Millie.
- Demain ? Ben... je viens bosser.
- Tu n'es pas croyable toi ! Demain c'est dimanche, tu ne travailles pas ! Et même moi, je sais qu'après tu as une semaine de vacances !
- Excuses moi Millie... J'ai vraiment la tête ailleurs, et je ne vois pas le temps défiler.
Un silence se fait. Elle me regarde d'une façon de dire « qu'est-ce que tu vas devenir ». Elle souffle un peu avant d'ajouter :
- Toujours aucune nouvelle alors ?
Je secoue négativement la tête. Je lui ai tout raconté. Sur Nicholas. Rien que prononcer son nom dans ma tête, je suis prise d'un léger frisson et lutte pour ne pas me laisser envahir par les émotions.
- Tu as vu dans quel état ce gars te met ! Je ne t'ai jamais vu comme ça auparavant.
- C'est la première fois que ça m'arrive. Je ne me comprends plus. Normalement, je ne cherche pas à influencer le destin. Mais là... J'en ai comme besoin.
- Tu n'as pas cherché à aller plus loin que sur le pont ?
Une nouvelle fois, je dirige ma tête de gauche à droite et observe mes chaussures.
- Ecoute, reprends Millie d'un ton maternel. Demain, tu viens avec moi et on fait le tour du village. Si on n'a aucune trace de lui, tu arrêtes d'y aller tous les soirs et tu te reposes. D'accord ?
- Je n'pourrais pas.
- Je n'ai pas dis que tu arrêtais d'y aller, pour toujours ! Je sais bien que ça te ferait plus de mal que de bien. Mais seulement, quelques fois par semaine.
Je sais qu'elle dit ça pour mon bien. Et le fait qu'elle veuille m'aider me réchauffe le c½ur. J'hoche doucement la tête et essaie de lui adresser un petit sourire. Elle me sert maladroitement dans ses bras et retourne travailler.
Ce n'est pas tant l'aide de nos amis qui nous aide que notre confiance
dans cette aide.
_ Epicure_
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Le lendemain, comme prévu, Millie passa chez moi. Elle arriva avec un petit sourire qui s'agrandit en voyant le mien. C'est parti pour une journée de recherche. Durant toute cette journée, j'avais l'impression de chercher un chien perdu. On faisait tous les recoins. On a pris des rues que je n'avais jamais vues auparavant. On est même montée en haut d'un toit pour visualiser les parties du village que nous n'avions pas furetées. Rien. Toujours rien. Aucune trace. Nada. J'étais totalement démoralisée.
Nous nous asseyons sur un banc, prenant une petite pause. Nous venions de passer un peu plus de trois heures à faire les quatre recoins du village. Malheureusement, je ne connaissais pas son nom de famille. Je ne pouvais pas regarder les boîtes aux lettres. Il fallait juste espérer tomber sur lui. L'apercevoir par une fenêtre. Ou voir quelqu'un qui lui ressemble particulièrement pour reconnaître un membre de sa famille. Mais rien. Espérer, c'est le meilleur moyen pour que l'inverse de ce qu'on a souhaité arrive. Mais j'avais espéré tellement fort cette fois-ci que j'avais cru que, pour une fois, ça allait fonctionner. Le destin nous joue bien des tours.
- Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? Demande Millie, fatiguée.
- C'est toi qui a les bonnes idées, d'habitude.
- Oui mais là, je suis à court. Le destin, lui, il en pense quoi ?
- « continuez votre route, je tâcherai de faire mon possible »... Je suis désespérée Millie...
- Tu vas le revoir ton Nicholas, me réconforte-t-elle en posant sa main sur mon épaule. C'est toi qui disais « Il faut juste y croire » !
Je saute sur mes pieds et commence à marcher. Je fais des allers-retours pour me faire réfléchir. Si le destin voulait que je le rencontre, si je mets une nouvelle fois ma vie en péril, peut-être reviendra-t-il ? Bon, j'ai envie de le revoir mais si je crève, ça n'va pas beaucoup avancer les choses. En plus, Millie n'accepterait jamais.
- Laisse tomber, Millie, entame-je perdue. Je viendrais quelques soirs par semaine, espérant le croiser dans pas longtemps. Sinon, je crois que je vais devenir folle !
- C'est la meilleure solution, confirme ma meilleure amie en se levant à son tour. Il se fait tard, je vais rentrer et tu devrais faire de même.
- Non. Je veux dire, j'y retourne ce soir et demain je n'irais pas, explique-je même si mes mots me fendent le c½ur.
- Tu veux que je reste ?
- Non, non... Ce n'est pas tes affaires, tu as des choses plus importantes à faire.
- Aider ma meilleure amie est une chose très importante.
- Millie...
- J'ai compris. Je te téléphone demain ?
J'hoche la tête et lui sourit. Elle m'adresse un signe de main en guise d'au revoir et s'éloigne doucement. Une fois que sa silhouette disparaît au coin de la rue, j'avance doucement en direction de notre pont, rêvant de voir sa silhouette. S'il est là, je ne sais pas comment je réagirais. Devais-je lui sauter dans les bras, lui adresser un froid bonjour, lui serrer chaleureusement la main ? Devais-je lui confier mes venues sur ce lieu tous les jours afin de le revoir ? Je n'en savais rien. J'improviserais.
Fallait-il encore qu'il soit là...
Que fait-on dans la rue, le plus souvent ? On rêve. C'est un de lieux les plus méditatifs de notre époque, c'est notre sanctuaire moderne, la Rue.
_ Louis-Ferdinand Céline_
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Merci à Fell-in-love-38 de m'avoir mis mon 100ème commentaire =) Bon, en même temps, c'est elle qui les met tous xD mais merci quand même.